Le Château de Beaulieu

Actuellement cet endroit est un haut lieu de la Gastronomie Française depuis qu’il a été repris et complètement aménagé par le célèbre cuisinier double étoilé Marc MEURIN en 2005
A cette table exceptionnelle on peut y ajouter une vingtaine de chambres et suites de luxe qui le font désormais entrer dans la catégorie des « Relais et Châteaux ».

Mais cet édifice a une histoire liée à plusieurs familles …

Il a été construit en 1680 par Jacques Le Jay, écuyer, seigneur de Massuère (…)
Il figure sur le plan de Cassini au XVIIIème siècle  comme château.

A l’époque,  c’était une gentilhommière située dans une enceinte rectangulaire d’ un hectare, entourée de vastes douves, larges de 7 à 10 mètres. L’accès se faisait par la route de Lillers à Busnes. On accédait à la demeure par une avenue pavée bordée d’ormes. Un large pont de pierres et de briques franchissait les douves et permettait d’accéder à la maison par une grand porte à deux vantaux (actuellement on y trouve la salle de restaurant de la véranda).

Après cette large porte au centre de la maison on avait accès, par un passage voûté de 5 mètres de large, à la cour et aux dépendances.

A l’époque cette maison d’habitation, construite en briques et pierres blanches, sur soubassements de grès se composait d’un corps simple à un étage couvert de tuiles avec deux ailes en retour. Le portail d’entrée était flanqué de deux petites tourelles en encorbellement, sortes d’échauguettes, dont l’une servait de cabinet de toilette et l’autre était employée à des usages intimes.

Au rez de chaussée il y avait huit ou neuf pièces : cabinet- bureau ouvrant sur le jardin par une porte d’entrée, salle à manger, couloir-vestibule, antichambre, salon orné en 1770 de boiseries dans le goût du XVIIIème, chapelle où l’on disait la messe. Dans les ailes il y avait la cuisine, la relaverie, les offices, une petite chambre et cabinet. A l’étage,  il y avait sept chambres éclairées par 19 fenêtres. Les domestiques couchaient sous les combles ou à la basse cour.

La cour contenait les bâtiments d’exploitation, avec un pigeonnier, la laiterie, des chambres, écuries, étables, granges, remise à voiture, hangar et petit pavillon pour le four à pain et la buanderie. Un grand jardin potager, des pâtures et un petit bois complétaient la propriété avec en dehors de l’enclos, une cinquantaine de mesures de terre en culture.

La vie des châtelains était celle des gentils hommes campagnards occupés à l’exploitation de leur terre. Mais la révolution de 1789 vient troubler la vie dans ce château paisible de Busnes …

Mademoiselle Marie Antoinette Le Jay de Massuère qui l’occupait à cette période, fût comme fille de noble, enfermée à Arras en 1794 à la prison des Baudets par ordre de Philippe Lebon. Cet événement, dramatique en soi, lui permit de faire la connaissance d’Augustin Menche de Loisne également emprisonné. Tous deux furent libérés au 9 Thermidor (24 juillet 1794) par la chute de Robespierre. Une liaison intime des deux familles s’ensuivit … et les deux jeunes gens se fiancèrent. En 1800, Augustin Menche de Loisne épousait son ancienne compagne de captivité ! …

C’est ainsi que « Beaulieu » passa de la famille Le Jay de Massuère à celle de Menche de Loisne…

Emerance, fille de Marie Antoinette et d’Augustin, reçut le château en héritage à la mort de ses parents. Elle poursuivit l’exploitation agricole dans les traditions de ses parents et en se signalant par ses libéralités envers la nouvelle église de Busnes (l’église actuelle). En 1868, célibataire sans enfants, elle institua pour légataire universel, un de ses neveux : Auguste Menche de Loisne né à Poitiers … il avait 15 ans. Emerance décéda en 1881.

Auguste, après de solides études de droit partagea son temps entre la capitale et Busnes où il résidait le plus souvent. Historien, archéologue, membre titulaire de la commission départementale du Pas de Calais des monuments historiques, il laissa de très nombreux ouvrages sur la région.

Celui-ci commença par supprimer les bâtiments d’exploitation en les remplaçant par un jardin à la française et une ferme, fit abattre l’avenue, supprima le passage qui coupait en deux l’habitation, déplaça l’ancien pont, et remplaça les toits de tuiles par des toits d’ardoise à la Mansard, éleva un grand pavillon sur l’emplacement de la chapelle qui avait été désaffectée à la Révolution et planta une grande partie du parc.

Pendant la guerre 14-18, Beaulieu servit de cible aux projectiles allemands, sans toutefois que les constructions aient été atteintes. D’importants dégâts furent causés au parc par les projectiles et aux appartements par les Etats-majors des troupes alliées. Tous ce dégâts purent être réparés en 1919 et 1920.

Henri, fils d’Auguste, géra ensuite ce domaine jusqu’en 1966 date de son décès. La propriété fut, vendue en 1980 à un architecte béthunois, Pierre Godart qui le céda à son tour en 2003 aux propriétaires actuels venus également de Béthune.

Après de longs mois de travaux l’établissement ouvrit ses portes fin 2005. On peut maintenant qualifier ce domaine de « Château de la Gastronomie »

Article écrit par Jacques Delporte (Membre du Groupe Historique de Busnes)

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